3D cours lundi 24/3

Publié le par faberfort

Entraînement au brevet (récit 1ère personne)

Histoire de ma fuite des Plombs de Giacomo Casanova

 

Dans Histoire de ma fuite des Plombs, Giacomo Casanova raconte comment il a été injustement incarcéré à Venise dans la prison appelée les Plombs. Le passage qui suit montre de quelle manière le prisonnier avait tout d'abord songé à s'évader lorsque le geôlier (Laurent) arrive.

 

J'ai fixé le moment de mon évasion dans la nuit précédant la fête de saint Augustin, non pas tant parce qu'il y avait déjà plus de quatre semaines que je l'avais fait mon protecteur, comme parce que je savais que dans cette fête-là le Grand Conseil s'assemblait, et que par conséquent il n'y aurait pas de monde à la boussole contiguë (1) à la chambre par laquelle je devais nécessairement passer en me sauvant. J'ai donc fixé de sortir dans la nuit du vingt-sept.
La journée du vingt-cinq, à midi, il m'arriva ce qui me fait frissonner encore dans ce moment où je vais l'écrire. À midi précis j'ai entendu le glapissement des verrous : j'ai cru de mourir. Un violent battement de cœur, qui frappait plus de six pouces plus bas que sa région, me fit craindre mon dernier moment : je me suis jeté éperdu sur mon fauteuil. Laurent en entrant me dit, mettant la tête à la grille, et avec un ton de jouissance : Je viens, Monsieur, vous porter une bonne nouvelle, dont je vous félicite. J'ai d'abord cru que c'était celle de ma liberté, car je n'en connaissais pas d'autre qui pût être bonne ; et je me voyais perdu : la découverte du trou aurait fait révoquer ma grâce. Laurent entre et me dit d'aller avec lui ; je lui réponds d'attendre que je m'habille : N'importe, me dit-il, puisque vous ne faites que passer de ce vilain cachot à un autre clair et tout neuf où par deux fenêtres vous verrez la moitié de Venise, où vous pourrez vous tenir debout, où... Mais je n'en pouvais plus, je mourais ; je le lui ai dit. J'ai demandé du vinaigre (2) en le priant d'aller dire à M. le Secrétaire que je remerciais le tribunal de cette grâce, en le suppliant au nom de Dieu de me laisser là. Laurent me dit avec un grand éclat de rire que j'étais fou : que le cachot où j'étais s'appelait l'enfer, et que celui où il avait ordre de me mettre était délicieux. Allons, allons, ajouta-t-il, il faut obéir, levez-vous. Je vous donnerai le bras, et je vous ferai d'abord porter toutes vos hardes (3), et tous vos livres. Etonné et en devoir de ne plus répliquer le moindre mot je suis sorti, et j'ai dans l'instant ressenti un petit soulagement en l'entendant ordonner à un des siens de le suivre avec mon fauteuil. Mon esponton (4) était caché dans sa paille : c'était toujours quelque chose. J'aurais voulu me voir suivi par le beau trou que j'avais fait avec tant de peine, mais c'était impossible : mon corps allait, mais mon âme restait là.

Giacomo Casanova, Histoire de ma fuite des Plombs, première partie, pp.89-90

Notes :

1 - C'est-à-dire qu'il n'y aurait personne dans la pièce à côté de la chambre.
2 - Manifestement un remède de l'époque utilisé lorsqu'on ne se sentait pas bien.
3 - Ensemble des effets personnels (vêtements, linge et même meubles voyageant avec les bagages).
4 - Demi-pique (portée jusqu'à la Révolution par les bas officiers d'infanterie) utilisée par Casanova pour s'évader.

 

 

Le présent d’énonciation ou d’actualité renvoie au moment où l’énonciateur parle, écrit ou pense. Par exemple, lorsque le narrateur et personnage Casanova commente sa situation. Une fois âgé et libre, il revient sur ce qu’il lui est arrivé quand il était prisonnier : « La journée du vingt-cinq, à midi, il m'arriva ce qui me fait frissonner encore dans ce moment où je vais l'écrire ».

 

Une énumération : « un autre clair et tout neuf par deux fenêtres vous verrez la moitié de Venise, vous pourrez vous tenir debout, ... » : figure de style créée grâce à une juxtaposition d’éléments qui forment donc une liste structurée par des virgules , des points-virgules ou des coordinations.

 

Le vocabulaire des émotions : j'ai cru de mourir, Un violent battement de cœur,  éperdu, je n'en pouvais plus, je mourais, étonné ,  ressenti un petit soulagement.

 

Discours rapporté :

Direct : Laurent me dit avec un grand éclat de rire : «  Tu es /Vous êtes fou »

Indirect : Laurent me dit avec un grand éclat de rire que j’étais fou. (Verbe de parole et connecteur conjonction de subordination)

 

Indirect libre : J’étais fou, selon Laurent.

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